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Le 7 décembre 1893, Marcel Schwob perd sa « petite maîtresse », Vise, âgée de 25 ans, décédée de la tuberculose. Elle était ouvrière, couturière et il parlait d’elle en ces termes : «J’ai pour maîtresse une toute petite fille qui est bien bête mais si gentiment ». Inconsolable à sa mort, il se croit perdu et entreprend alors l’écriture du livre de Monelle. Schwob se servira d’un archétype de la littérature, la toute petite prostituée, faible et charitable, pour rendre vie à celle qui était sans doute, pour lui, une respiration.


Parce que je suis seule, tu me donneras le nom de Monelle.
Mais tu songeras que j’ai tous les autres noms.
Et je suis celle-ci et celle-là, et celle qui n’a pas de nom.
Et je te conduirai parmi mes sœurs, qui sont moi-même, et semblables à des prostituées sans intelligence ;
Et tu les verras tourmentées d’égoïsme et de volupté et de cruauté et d’orgueil et de patience et de pitié, ne s’étant point encore trouvées ;
Et tu les verras aller se chercher au loin ;
Et tu me trouveras toi-même et je me trouverai moi-même et tu me perdras et je me perdrai.


Petite fille de la nuit, petite luciole des ténèbres, Monelle est celle que l’on n’attend pas. Elle est le contraire d’elle-même, adulte lorsqu’on la pense enfant, et enfant lorsque devenue adulte. L’auteur aura la chance d’être en amour avec cette fillette, le temps d’une rencontre dans une plaine obscure, une ville pluvieuse, un non-lieu qui ressemble à la mort. Mais son amour est déjà un amour du souvenir, il n’aura pas le temps de trouver une forme. Il n’est que matière. En puissance. Il ne s’ancre pas dans le temps, il est au-delà du temps. Et le temps est juste ce qu’il nous reste. Schwob à l’issue de ce texte ne parlera plus jamais de celle qui, disparue, lui avait inspiré ce livre. Monelle a fait son travail. par les mots et les signes.


Zouzou Leyens